La question arrive toujours sous la même forme : « Combien ça prend, une
conciergerie ? ». Elle est posée par un propriétaire qui hésite à déléguer, et
par un futur conciergiste qui doit fixer ses prix. Les deux ont besoin de la
même réponse, donnée des deux côtés du contrat. Nous éditons un logiciel pour
conciergeries, né dans l'une d'elles : nous voyons passer ces grilles tous les
jours, et nous n'avons aucune commission à défendre.
Les trois façons de facturer
Le marché français s'est stabilisé sur trois modèles, que les conciergeries
combinent parfois.
| Modèle |
Fourchettes publiées |
Pour quel logement |
Le risque, pour qui |
| Commission sur les loyers |
15 à 30 % |
Bien loué régulièrement |
Partagé : la conciergerie gagne quand le bien loue |
| Forfait mensuel par logement |
100 à 500 €, parfois plus selon les prestations |
Occupation stable et prévisible |
Le propriétaire paie même un mois vide |
| Prestations à l'unité |
Un prix par accueil, par ménage, par intervention |
Propriétaire qui garde la main sur l'annonce |
Le propriétaire, qui reste responsable du reste |
Les fourchettes viennent de guides publiés par des conciergeries elles-mêmes :
Care Concierge
situe la commission entre 15 et 30 % et le forfait entre 200 et 800 €,
Liwango parle de
20 à 25 % et de forfaits de 100 à 500 €, et le guide de
Propulse by CA
retient 15 à 30 % et 100 à 500 € par mois. Les écarts entre sources sont
normaux : ils traduisent des périmètres différents, pas des erreurs.
La commission domine parce qu'elle aligne les intérêts. Si le logement ne loue
pas, la conciergerie ne gagne rien, et elle a donc toutes les raisons de
soigner l'annonce, les prix et les avis. Le forfait rassure sur le budget mais
déplace le risque vers le propriétaire. La prestation à l'unité n'est pas une
gestion : c'est un coup de main.
Ce que la commission inclut, et ce qu'elle n'inclut pas
C'est la partie que les comparatifs de pourcentages passent sous silence, et
c'est là que se cachent les mauvaises surprises.
Dans la quasi-totalité des contrats, la commission couvre le travail de la
conciergerie : annonce, prix, calendrier, messages, arrivées, départs,
coordination du ménage, gestion des petits incidents, compte rendu mensuel.
Elle ne couvre presque jamais le ménage lui-même. Sur Airbnb comme sur
Booking, les frais de ménage sont fixés par l'hôte et payés par le voyageur en
plus du loyer : la conciergerie les encaisse pour payer la personne qui fait le
ménage, ou les facture au propriétaire qui les répercute. Le linge, les
consommables (café, savon, papier), les petites réparations et les
remplacements de matériel sont en général refacturés au réel, avec ou sans
marge, et parfois avec un plafond au-delà duquel le propriétaire doit donner
son accord.
Trois questions suffisent à comparer deux offres qui affichent le même
pourcentage : sur quelle base est-il calculé, le loyer brut payé par le
voyageur ou le montant net des frais de plateforme ? S'entend-il hors taxes ou
TTC ? Et que se passe-t-il pour le ménage, le linge et les consommables ? Deux
conciergeries à 20 % peuvent coûter, au bout de l'année, plusieurs centaines
d'euros d'écart.
Un exemple chiffré, posé clairement
Prenons un appartement qui encaisse 2 000 € de loyers dans le mois, une
hypothèse ronde pour la démonstration, à adapter à votre bien.
- À 15 % de commission, la conciergerie facture 300 € et le propriétaire garde
1 700 €.
- À 20 %, elle facture 400 € et il garde 1 600 €.
- À 25 %, elle facture 500 € et il garde 1 500 €.
- À 30 %, elle facture 600 € et il garde 1 400 €.
Sur douze mois, l'écart entre 15 % et 25 % représente 2 400 €. C'est
important, mais ce n'est pas la bonne comparaison. La bonne comparaison, c'est
ce que le logement rapportait avant d'être confié, et ce qu'il rapporte après.
Une conciergerie qui améliore les photos, ajuste les prix à la saison, répond
en dix minutes et fait remonter la note passe souvent le loyer mensuel de
2 000 à 2 300 €. Dans ce cas, à 20 %, le propriétaire garde 1 840 € au lieu
de 2 000 € gérés seul : il a payé 160 € par mois pour ne plus rien faire.
Si le loyer ne bouge pas, il a payé 400 €. La différence entre les deux
situations, c'est la qualité de la conciergerie, pas son pourcentage.
Côté propriétaire : quand ça vaut le coup
Une conciergerie se rentabilise sur trois profils de biens. Le logement loué
toute l'année, où chaque point d'occupation gagné et chaque avis cinq étoiles
se traduisent en loyers. Le logement géré à distance, où chaque arrivée coûte
un déplacement ou une faveur demandée à un voisin. Et le propriétaire de
plusieurs biens, pour qui la gestion est devenue un second métier qu'il n'a
pas choisi.
Elle se rentabilise mal sur un bien loué quelques semaines par an, où la
commission ne couvre même pas le temps de mise en place, et sur un logement
que le propriétaire aime gérer lui-même : dans ce cas, des prestations à
l'unité, accueil ou ménage, coûtent moins cher et suffisent.
Côté conciergerie : ce que le pourcentage doit couvrir
Un futur conciergiste raisonne souvent à l'envers : il regarde ce que font les
autres et copie le pourcentage. Le bon ordre est de partir de ses coûts.
Une commission doit payer les déplacements, les heures d'astreinte du soir et
du week-end, l'assurance de responsabilité civile professionnelle, les outils,
la comptabilité, et le temps passé par logement chaque mois. Ce dernier poste
est le seul que vous pouvez faire baisser sans baisser la qualité, et c'est là
que se joue la marge. Un logiciel comme Chevalier PMS
coûte 35 € HT par mois pour le premier logement, puis 8 € HT par logement :
pour ce prix, les calendriers de toutes les plateformes sont synchronisés, une
mission de ménage naît à chaque départ, la facture de chaque propriétaire se
prépare avec les réservations du mois, et un agent répond aux voyageurs la
nuit à partir de la fiche du logement. Le temps par logement chute, et la même
commission paie mieux.
Le second levier est le contrat. Une commission de 20 % avec ménage,
consommables et réparations refacturés au réel n'a rien à voir avec une
commission de 20 % « tout compris ». Écrivez ce que vous incluez, et facturez
le reste au réel : c'est plus juste pour le propriétaire, et plus sain pour
vous. Le cadre juridique du contrat, et la question de savoir qui encaisse
les loyers, sont détaillés dans notre guide
Devenir conciergerie Airbnb.
Les questions à poser avant de signer
Que vous soyez le propriétaire ou la conciergerie, ces dix questions doivent
avoir une réponse écrite.
- Le pourcentage s'applique-t-il au loyer brut ou au net des frais de
plateforme ?
- Est-il exprimé hors taxes ou TTC ?
- Qui fixe et qui encaisse les frais de ménage ?
- Le linge et les consommables sont-ils inclus, refacturés au réel, ou
refacturés avec une marge ?
- À partir de quel montant une réparation demande l'accord du propriétaire ?
- Qui est titulaire de l'annonce et qui reçoit les versements des
plateformes ?
- Y a-t-il des frais de mise en place, de photos ou de sortie ?
- Quel compte rendu est envoyé chaque mois, et sous quelle forme ?
- Quelle est la durée d'engagement et le préavis de résiliation ?
- Qui prend la caution, et qui décide d'une retenue ?
Une conciergerie qui répond vite et clairement à ces dix questions vaut
souvent plus cher qu'une autre qui affiche un pourcentage plus bas et
s'agace à la troisième.
Questions fréquentes
Qui paie le ménage dans une location Airbnb gérée par une conciergerie ?
Le voyageur, dans la grande majorité des cas : les frais de ménage sont fixés
par l'hôte et ajoutés au prix du séjour sur la plateforme. La conciergerie les
utilise pour payer la personne qui fait le ménage. Ce qui doit être écrit dans
le contrat, c'est ce qui se passe quand le ménage réel coûte plus que les
frais affichés.
La commission est-elle calculée sur le brut ou sur le net ?
Les deux existent, et l'écart n'est pas anodin : les frais de service des
plateformes représentent plusieurs points du prix payé par le voyageur. Une
commission de 20 % sur le brut coûte plus cher qu'une commission de 20 % sur
le montant réellement versé au propriétaire. Demandez la base de calcul avant
de comparer des pourcentages.
Peut-on négocier le tarif d'une conciergerie ?
Oui, surtout à partir de plusieurs logements ou pour un bien à forte
occupation, qui coûte moins de temps par euro encaissé. La négociation porte
plus utilement sur le périmètre, ce qui est inclus ou refacturé, que sur le
pourcentage lui-même.
Y a-t-il des frais d'entrée ?
Certaines conciergeries facturent la mise en place : création ou reprise de
l'annonce, séance photos, inventaire, installation d'une serrure connectée.
D'autres l'incluent contre un engagement de durée. Dans les deux cas, le
montant et la contrepartie doivent figurer au contrat.